Vous n’aimiez pas le gaz de schistes? Vous allez haïr les hydrates de méthane

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D’après certains media chinois, la Chine s’apprête à inscriredans son 12ème plan quinquennal (section développement énergétique) le développement de champs d’hydrates de méthane en offshore, dans le Nord de la mer de Chine méridionale. Ces champs ont été découverts en 2007 et contiendraient près de 20 Gm3 de méthane. Cette zone est l’objet de revendications territoriales concurrentes de la part de Taïwan, Thaïlande, Indonésie, Brunei, Vietnam, Philippines, Japon et Malaisie. L’approche chinoise était jusqu’à présent, c’est-à-dire dans le 11ème plan qui s’est terminé en 2010, très prudente.

Le Japon, qui s’était intéressé aux hydrates de méthane de la mer de Kumano bien avant la catastrophe de Fukushima, prépare actuellement une campagne de quatre forages entre octobre 2011 et mars 2012, dans le but annoncé, « si tout va bien », de développer ce « champ » pour une première production en 2018. JAPEX opérateur avait déjà produit du gaz à partir d’hydrates de méthane en mars 2008 dans la mer de Beaufort lors des tests du puits Mallik 2L-38. Le débit restait toutefois faible, environ 2000 m3/jour. Le programme 2011-2012 vise des débits de 10 000 m3/jour, et surtout une collecte d’informations pour préparer une deuxième campagne de forages en 2014-2015, préalable à la décision de développement.

L’Inde, qui possède également des quantités importantes d’hydrates de méthane offshore, regarde avec intérêt (et envie) les japonais. Pour les défenseurs du tout-gaz, les hydrates sont le Graal. Les ressources de gaz non conventionnel « classique » sont de l’ordre de 1 million de milliards de m3, alors que les réserves estimées d’hydrates de méthane seraient 20 fois supérieures, à 20 millions de milliards de m3. Comme dit le CEO de ConocoPhillips, dans ce cas, le gaz naturel n’est plus un pont pour attendre l’énergie du futur, c’est l’énergie du futur.

Pourquoi donc ces réserves n’ont pas encore été mises en production? C’est que ce n’est pas si facile. Au contraire, l’exploitation des hydrates de méthane fait courir des risques gigantesques. Pour bien les appréhender, il faut préciser que les hydrates de méthane se présentent  sous la forme de cristaux que les géologues appellent clathrates. Sous certaines conditions de pression (élevée) et de température (basse), les molécules d’eau se réunissent autour d’une molécule de quelque chose, pour former une sorte de cage de glace. Si la molécule prisonnière est du méthane, on a un hydrate de méthane. Les hydrates de méthane posent des problèmes dans la production de pétrole par grande profondeur, car le méthane contenu dans le pétrole cristallise et bloque les canalisations de production.
Ces cristaux sont extrêmement instables, car toute modification de la pression ou de la température les détruit. On a alors libération incontrôlée de très grandes quantités de méthane. C’est le premier risque majeur, car le potentiel de réchauffement global du méthane est 23 fois celui du CO2. Ryo Matsumoto de l’Université de
Tokyo attribue aux hydrates de méthane un épisode de réchauffement climatique qui a entrainé une des plus grandes extinctions d’espèces vivantes de notre planète.

Les foreurs pétroliers craignent les zones du sous-sol où se trouvent des hydrates de méthane, car le passage du trépan peut entraîner une déstabilisation de la zone qui peut engloutir l’appareil de forage.  En bonus, si le relâchement de méthane se produit dans une plateforme continentale, les glissements de terrain associés créeront des tsunamis.

Comment appliquer le principe de précaution ? Faut-il malgré tous ces risques pousser à l’extrême cette recherche de combustibles fossiles ? Un désastre environnemental  peut-il se produire à l’occasion d’une tentative de production d’hydrates de méthane ? « Non » répond Koji Yamamoto, directeur du projet à la Japan Oil, Gas and Metals National Corporation. Espérons qu’il n’a pas obtenu son diplôme dans la même université que ses collègues de Tesco.

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