Cushing, Oklahoma

Réponse au commentaire de HollyDays

Ce n’est pas votre ignorance qui est en cause, mais mon manque de clarté.

Le prix du WTI, comme celui du Brent, sont fixés sur le marché financier (futures), et les forces de rappel à la réalité viennent du marché physique (spot). Quand le marché est en contango (c’est-à-dire que les prix à terme sont plus élevés que ceux d’aujourd’hui), les raffineurs achètent aujourd’hui pour ne pas payer plus cher demain. Cela fait monter le prix, confirmant le contango; c’est le côté auto-réalisateur du marché. Les stockages se remplissent; quand ils sont pleins, il devient impossible d’acheter et le prix baisse (pour le WTI, c’est que l’offre ne trouve plus de place).

Ce mécanisme de correction des envolées bullish du prix du pétrole n’a pas fonctionné en 2006, parce que le brut acheté était stocké sur des VLCC (2 millions de barils l’unité). Le rappel n’est intervenu qu’avec la crise de 2008. Comme le pétrole n’a quasiment pas de concurrent dans le transport, le prix maximal qu’il peut atteindre est celui au-delà duquel l’économie s’étouffe.

Marché physique

Le WTI est transporté par tuyau. Les transactions spot peuvent donc porter sur de petites quantités, et sont beaucoup plus nombreuses que celles de Brent, qui se vend physiquement par cargaison de 600 000 barils. Le prix sera plus réactif aux engorgements physiques.

Le contrat financier WTI du CME (ex NYMEX) est livrable à Cushing. Bien sûr, les transactions financières portent depuis 2006 sur des volumes quelques millions de fois plus grands que les volumes spot, mais les (très rares) futures qui sont soldés par une livraison physique le sont à Cushing. Arrive également à Cushing le brut canadien, qui n’est pas du WTI mais qui remplit aussi les stockages.

Le problème est alors de sortir le brut de Cushing. La manière naturelle de vider les stocks est de raffiner le pétrole dans les raffineries voisines. Mais il n’existe pas assez de tuyaux pour transporter le brut vers les raffineries du golfe du Mexique. Quand les raffineries voisines sont arrêtées, les  stocks de brut sont rapidement pleins. L’offre de WTI ne trouve plus de place physiquement, et le prix décroche.

Il est théoriquement possible de gagner la différence entre WTI et Brent en achetant du WTI et en le vendant aux raffineurs du golfe du Mexique (qui achètent leur brut au prix du LLS (Light Louisiana Sweet) très proche du Brent (voir figure)). Mais les efforts récents de sortir le WTI par camion, chemins de fer ou barges se sont avérés non économiques. Il faudra attendre un nouveau tuyau, soit le Keystone XL, soit celui d’Enterprise/Energy Partners qui est en ce moment en open season (c’est-à-dire, recueil des manifestations d’intérêt pour des capacités de transport avant de prendre la décision d’investir).

En pratique, les transactions de brut indexées sur le WTI se font à un prix inférieur à celles portant sur des bruts de qualité analogue mais indexées sur le Brent. C’est pourquoi l’Arabie Saoudite a abandonné en octobre 2009 la référence au WTI. Mais le brut raffiné dans le golfe du Mexique est du LLS, ce qui fait que l’automobiliste américain ne profite pas de l’aubaine. Seule l’essence issue du raffinage du WTI pourrait être moins chère, dans la zone de chalandise de Cushing.

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2 commentaires sur “Cushing, Oklahoma

  1. Désolé, mais je ne suis toujours pas sûr d’arriver à vous suivre.

    « Quand le marché est en contango (c’est-à-dire que les prix à terme sont plus élevés que ceux d’aujourd’hui), les raffineurs achètent aujourd’hui pour ne pas payer plus cher demain. Cela fait monter le prix, confirmant le contango. »

    Vous voulez dire que les acteurs de marché, anticipant une hausse progressive du prix des contrats avec les jours qui passent, préfèrent acheter aujourd’hui ce qui coûtera plus cher demain ? (Soit dit en passant, je trouve que ça ressemble furieusement à ce qu’on rencontre normalement dans une société qui connait une inflation galopante, mais bon…) Dans ce cas, je vous comprends : ça a pour effet d’accélérer, voire provoquer, la hausse anticipée du prix de ces contrats. C’est logique.

    « […] le prix maximal [que le pétrole] peut atteindre est celui au-delà duquel l’économie s’étouffe. »

    Pour le coup, je vous suis à 200 %. Au passage, cette réalité mériterait d’être régulièrement rappelée à la presse grand public, et aussi à un certain nombre d’économistes médiatiques et à nos politiques… Je croise trop souvent des gens convaincus que dans les années qui viennent, le pétrole va monter, monter, monter… et que les « énergies alternatives », comme on dit pudiquement, deviendront rentables. Et quand j’essaie de leur expliquer que le prix du pétrole ne pourra jamais crever le plafond, parce que l’économie sera entrée en récession avant, provoquant ainsi une redescente du prix du pétrole, ils ne comprennent pas…

    « Quand les raffineries voisines sont arrêtées, les stocks de brut sont rapidement pleins. L’offre de WTI ne trouve plus de place physiquement, et le prix décroche. »

    Désolé, mais là, c’est moi qui décroche. Concrètement, lorsque les stocks de brut sont pleins, que se passe-t-il au niveau des contrats ? Plus aucun contrat supplémentaire n’est proposé au marché ? (i.e. il n’y a plus d’offre de nouveau contrat, et seuls les contrats existants peuvent s’échanger ?) Mais pourquoi cela ferait-il baisser la demande ? (seule possibilité pour que le prix décroche à la baisse, n’est-ce pas ?) Pourquoi n’est-ce pas exactement le contraire qui se passe, c’est-à-dire l’entrée dans une situation de pénurie, qui ferait grimper le prix des contrats existants ?

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    1. Le contango dit que le prix pour tous les mois à venir sera supérieur à celui d’aujourd’hui. Ces courbes à terme sont fixées sur le marché financier des futures.
      Si le raffineur veut acheter moins cher pour ses traitements futurs, il doit acheter du brut aujourd’hui sur le marché physique.
      C’est ce brut physique qui remplit les stockages. Aucun acheteur physique ne se présentant, le prix spot décline, ce qui entraine un renversement du marché financier qui passe alors en déport (backwardation). Les prix à terme sont plus bas que ceux d’aujourd’hui. On n’a donc plus intérêt à acheter, et les stockages sont raffinés.
      Le marché du brut passe ainsi de périodes de contango en périodes de déport. Le prix du pétrole pour tous les mois à venir est soit toujours plus haut, soit toujours plus bas que celui du spot.
      On peut regretter que les raffineurs continuent à croire que les prix des futures représentent ce qui va se passer, entretenant ainsi les mouvements de prix, mais c’est pourtant ce qui se passe.

      CONCRETEMENT, LORSQUE LES STOCKS DE BRUT SONT PLEINS, QUE SE PASSE-T-IL AU NIVEAU DES CONTRATS ?

      Le marché financier travaille à la limite indépendamment du sous-jacent. Les opérateurs non-commerciaux (comme les appelle la SEC) sont plus chartistes qu’analystes des fondamentaux. Ils joueront indifféremment du pétrole, du cuivre, des indices, de la dette souveraine ou des produits structurés, tant qu’il y a de la liquidité et de la volatilité.
      Quand le marché physique se retourne, et que le prix spot signale une baisse, ils sont surpris, puis se dépêchent de vendre plus vite que les autres.

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