Algorithmes et le marché

Un des métiers les plus inutiles[1] est de chercher les explications après coup aux mouvements sur les marchés financiers, quels qu’ils soient: actions, taux de change, pétrole ou gaz. Ce n’est même pas une IA qui peut remplacer ces êtres humains, un simple traitement de texte suffirait[2]. De toutes façons, ça n’intéresse personne, pas plus que les correspondants des radios à la bourse de Paris, qui nous donnent toutes les heures la plus forte hausse du CAC40. La finalité semble être de prouver a posteriori la rationalité des marchés.

Un premier coup d’œil montre le rôle majeur des algorithmes de trading. La quasi-totalité des transactions sur les marchés financiers est initiée par des algorithmes, plus ou moins sophistiqués, mais qui ont pratiquement tous les mêmes règles assises sur les mouvements instantanés: en cas de hausse minime, vendre; en cas de baisse minime, acheter; mais si la baisse devient trop forte, vendre le plus vite possible. Les chartistes introduisent dans les algorithmes leurs seuils, plafonds et planchers, tunnels et autres colliers ou papillons. Pour le pétrole, à l’ouverture de l’Asie, on regarde ce que vient de faire l’Amérique. L’Europe prolonge l’Asie en attendant les Etats-Unis.

L’ouverture aux Etats-Unis prend en compte, ou pas, les derniers tweets de Donald Trump. Les spéculateurs ne gagnent leur vie que s’il y a assez de volatilité. Laissés à eux-mêmes, les algorithmes n’assurent pas la volatilité[3]. L’ouverture du marché étasunien donne souvent un déclencheur. Les hausses ou chutes quasi-verticales du prix des 3 et 7 décembre s’expliquent par des algorithmes réagissant à la nanoseconde, s’amplifiant et ne s’arrêtant qu’après avoir franchi un seuil introduit dans le programme. Ainsi, la baisse du 7 décembre s’arrête après que le prix soit passé en-dessous de 59 $/b, déclenchant ainsi des ordres d’achat. Les seuils fournissent une résistance, mais peuvent céder si le mouvement continue, et c’est un nouveau seuil, le plus souvent à 1 $/b d’écart, qui rentre en jeu.

Il y a ensuite, elles aussi incorporées dans les algorithmes, les dates d’échéance contractuelles. Par exemple, la date d’expiration des contrats et options. Pour ceux de décembre 2018, la date d’expiration était le 14 novembre, ce qui peut expliquer la glissade jusqu’au 13, avant-dernier jour de trading sur ces contrats et options.

Disons que vous avez offert au gouvernement mexicain un put dans son programme de couverture du prix de son brut[4]. Les normes comptables[5] vous obligent à donner une valeur au risque lié à ces puts. Le risque va grandissant avec la baisse du prix. Vous avez appris à votre algorithme qu’un moyen de gérer ce risque est de vendre des contrats à la baisse, mais ce faisant, il va titiller les algorithmes des autres[6] et amplifier et accélérer la baisse. D’après Bloomberg,  pour le contrat de décembre, il y avait 33 Mb[7] de puts à 60 $/b et 31 Mb de puts à 55 $/b.

Ce qui a changé, c’est la vitesse des mouvements. Pour le gaz, une date programmée est le 1er avril, qui marque la fin de l’hiver[8]. C’est à cette date qu’on est censé arrêter de soutirer depuis les stockages, et qu’on commence à les remplir. Les spéculateurs jouent sur l’écart entre le contrat de mars et celui d’avril. Celle qui pense que l’hiver sera plus froid que la moyenne achètera des contrats de mars. C’est sur cet écart que le fond Amaranth avait perdu 6 milliards de dollars en 2006. Le 14 novembre a vu un record sur le marché du gaz étasunien[9], en volume comme en amplitude de la hausse. Le mouvement de novembre sur cet écart a été du même ordre de grandeur[10] que celui qui a coulé Amaranth en 2006, mais il s’est produit deux fois plus vite.

[1] Mais pas nécessairement les moins rémunérateurs

[2] A la hausse, comme à la baisse, au choix: Trump, Opep, Poutine, Iran, Soros, Iraq, …

[3] C’est en quelque sorte un bien commun

[4] C’est-à-dire le droit de vendre son pétrole à un prix convenu

[5] IFRS comme US GAAP

[6] Et lui-même par contrecoup

[7] Million de barils

[8] C’est climatiquement faux, ou du moins approximatif, mais c’est une convention

[9] Henry Hub

[10] Mais dans l’autre sens

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