Ofgem (acte XI)

Notre ami Ofgem, le régulateur britannique de l’électricité et du gaz, n’aura jamais fini de nous étonner. Il s’est aperçu dans le courant de 2018 que les marges des fournisseurs sur certains contrats pouvaient atteindre 8%. Evidemment, c’est forcément le consommateur qui n’a jamais changé de fournisseur, ou qui n’a changé qu’une fois[1], qui est pénalisé.

Ofgem a donc décidé, à grand renfort d’annonce, d’introduire un plafond pour les prix de ces contrats. Après consultation, le plafond a été fixé à 1137£ par an pour un consommateur de gaz et électricité payant par débit direct. Soit 11 millions de consommateurs britanniques selon Ofgem. Une économie moyenne de 76 £ par an.

Ce plafond a pris effet au 1er janvier 2019. Deux révisions sont prévues chaque année, la première en février. Et voila que la révision de février 2019 conduit à augmenter le plafond de 100 £.

Est-ce à dire que l’économie moyenne de 76 £ disparaît? Ofgem se lance dans des recalculs complexes pour montrer que pas vraiment; que si le plafond avait été en vigueur plus tôt, le consommateur aurait beaucoup gagné et que ce n’est pas de sa faute si le prix sur le marché de gros ont beaucoup augmenté[2].

Et donc que le consommateur doit changer de fournisseur tous les ans: You will often need to renew fixed-term tariffs after a year or more.

 

Pour résumer:

La concurrence dans l’électricité et le gaz ne fait pas baisser les prix, mais rend la vie des consommateurs beaucoup plus pénible. Non seulement Ils n’ont pas les moyens de choisir la meilleure offre, mais même si c’était possible, il est probable que cette meilleure offre ne le serait plus douze mois plus tard.

A part une poignée de fanatiques, je n’ai personnellement jamais rencontré de gens normaux (agriculteurs, commerçants en boutique ou sur des marchés, passagers dans des trains ou bus, promeneurs, distributeurs de tracts ou autres) qui se disent heureux de pouvoir choisir leur fournisseur. Au contraire.

Il est temps de rappeler au médiateur de l’énergie ou à la CRE que leur mission n’est pas de pousser les gens à changer de fournisseur, mais de veiller à ce qu’ils puissent obtenir une fourniture régulière à un prix juste, sans se faire harceler par des démarcheurs malhonnêtes. Il serait intéressant que ces deux entités conduisent une enquête nationale pour savoir ce que pensent vraiment les consommateurs de la concurrence dans le gaz et l’électricité.

[1] Ce qu’Ofgem appelle default tariff : « If you’ve never switched energy supplier or have switched only once, you’re likely to be on a poor value, more expensive ‘default’ tariff. Default tariffs, including standard variable tariffs, are a basic tariff from an energy supplier ».

[2] Comme de toutes façons le calcul des 76£ était créatif, tout reste hypothétique.

4 commentaires sur “Ofgem (acte XI)

  1. Le médiateur, via le site « energie-info.fr » réalise des baromètres tous les ans sur ce sujet.
    https://www.energie-info.fr/Fiches-pratiques/Comprendre-le-marche-de-l-electricite-et-du-gaz/Barometre-de-notoriete-sur-l-ouverture-des-marches

    D’après une enquête téléphonique auprès de 1500 foyers, p7 de la synthèse:
    « 65% des répondants estiment que l’ouverture à la concurrence est plutôt une bonne chose, 10% que c’est une mauvaise chose. Les pourcentages sont identiques à ceux de 2017.
    L’opinion reste favorable à l’ouverture du marché, mais ne retrouve pas son niveau le plus haut (71% en 2014). »

    Petite précision méthodologique qui a son importance en note de bas de page:
    « Pour les personnes qui ne savaient pas que le marché est ouvert à la concurrence, des explications leur ont été fournies avant de poser cette question. »

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    1. Mon enquête ne porte pas sur un aussi grand nombre de foyers. J’ai simplement pris l’habitude de poser la question aux gens que je rencontre et avec qui l’occasion se présente.
      Depuis que j’ai écrit le 4 février, j’ai ajouté un chauffeur de taxi, un chauffeur de VTC, deux serveurs, un marchand de journaux, un couple de voisins et deux étudiants.
      Les plus jeunes (étudiants et VTC) ne se sentaient pas trop concernés. Pour eux, choisir le fournisseur est une démarche à faire.
      Les autres ne sont pas tous restés chez EDF, iceux qui ont changé l’ont fait après sollicitation (ou dans un cas recommandation d’un fils) mais n’ont pas le sentiment d’y avoir gagné grand chose.
      A ce rythme, j’aurais l’échantillon de 1500 dans 15 ans.

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  2. Dans le fond, je partage votre analyse sur l’intérêt pour le moins « tiède » des gens sur l’ouverture à la concurrence de la fourniture d’électricité.
    Ce que je ne m’explique pas, c’est que l’organisation du marché Anglais sert de « modèle » régulatoire pour tous ses confrères Européens alors que celui-ci n’a pas de résultats particulièrement « enviables »..
    (qualité de service, prix, ou innovation.., bien au contraire)

    Concernant le sondage ci-dessus,
    Je suis toujours prudent sur l’interprétation des résultats de ce type d’enquête.
    Les réponses peuvent grandement varier selon la façon dont le questionnaire est mené et/ou la question est posée… (d’où ma remarque sur la méthodologie)

    A titre d’info, on apprend dans le même baromètre que 49% des interrogés ne savent pas faire la différence entre EDF & ENGIE (dont 27% pensent qu’il s’agit toujours de la même entreprise..).
    et 60% « ont entendu parler » des tarifs réglementés.

    La seule chose concrète que l’on peut donc retenir selon moi de ce baromètre est le degré de confusion élevé que génère l’organisation actuelle du marché..

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    1. Pour ceux qui n’ont pas connu le monopole régulé, c’est comme ça que ça fonctionne. C’est une décision de plus à prendre pour un contrat de services pluriannuel, à côté de sa banque, son assureur, sans qu’il existe vraiment une bonne décision. Le fait de pouvoir changer facilement de fournisseur n’est certainement pas une avancée par rapport à la stabilité d’un fournisseur en monopole régulé.
      Mais le système est maintenant irréversible, compte-tenu de tous les professionnels, utiles ou non, qui se sont créés et sont maintenant bien en place: marchés, traders, régulateurs, commerciaux, médiateurs, universitaires de la régulation, …
      Combien de démarches sont-elles actuellement engagées par des gens au pouvoir, national ou supranational, au nom du bonheur supposé des personnes censément optimisateurs* rationnels , dont on s’apercevra trop tard qu’elles ne rendent pas la vie meilleure mais seront irréversibles.
      *Je pense en particulier à toutes les démarches de concurrence (qui est toujours meilleure pour le consommateur), de privatisations (puisque le privé est toujours mieux géré que le public), de libre-échange (avantages comparatifs) et de recours au marché.

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