Dix ans pour ça

La CFTC a été mandatée en 2010 par la loi Dodd-Frank pour introduire des limites dans les positions sur les marchés des commodités[1]. Cet article de la loi était appuyé sur les sommets phénoménaux atteints par le brut (à 145 $/b) et certaines céréales[2].

Comme déjà évoqué sur ce blog, des « économistes » prétendent démontrer que la spéculation n’est en rien responsable de ces pics[3] mais la lente grimpée, avant l’emballement final, a coïncidé avec l’arrivée massive de fonds sur les marchés et la soudaineté de l’effondrement établit sans contestation que ces mouvements n’ont rien à voir avec l’équilibre entre l’offre et la demande.

Une première version a été péniblement[4] construite pour effet en septembre 2012. Elle plafonnait le nombre de contrats et options que pouvait détenir un acteur sur 28 commodités, du cacao au pétrole brut, sans limite dans le temps.

Cette version, attaquée en justice par les acteurs financiers, a été rejetée. Selon le juge, elle ne prouvait pas qu’elle était nécessaire pour « réduire, éliminer ou prévenir » une spéculation excessive[5].    

La version 2020 est beaucoup plus molle. Les limites portent sur 25 contrats, mais uniquement sur les contrats spot sur le point d’expirer et ceci, uniquement dans les derniers jours avant l’expiration du contrat. Aujourd’hui, cela voudrait dire les contrats pour livraison en Mars 2020. Autant dire que cette disposition ne servira à rien.

Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui, les prix élevés ne sont pas le premier problème des marchés de commodités. C’est la volatilité qui intéresse les spéculateurs. Les algorithmes ont tous intégré, parmi de nombreux autres paramètres, l’impact d’un prix trop élevé sur la demande. La solution pour limiter la volatilité reste la taxe sur les transactions financières, qui semble avoir disparu de tous les programmes et ordres du jour du G20.


[1] Pierre-Noël Giraud: Une commodité est […] une marchandise dont les producteurs s’adressent à un marché mondial où la concurrence porte uniquement sur le prix. La relation fournisseur-client est avant tout commerciale et les fournisseurs sont très facilement substituables.

[2] Entrainant des émeutes dans plus de 30 pays

[3] Leur démonstration se ramène souvent à la perfection des marchés (et les anticipations rationnelles).

[4] Pendant la phase de commentaires, banques, fonds et universitaires ont envoyé des milliers de commentaires négatifs, souvent identiques au mot près.

[5] L’argument des plaintifs reposait sur l’avis dissident de Scott O’Malia, un des commissaires, Républicain. La proposition avait été adoptée 3 voix Démocrates contre 2 voix Républicaines.

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