Profits tombés du ciel (2)

Northwest and North of Great Salt and South of Idaho border

Quand les États ont voulu développer le solaire, photovoltaïque, ils ont mis en place des tarifs d’achat garantis (TAG) de l’électricité.

A l’époque, en France, la question s’était posée de distinguer l’autoconsommation, en n’appliquant le tarif garanti qu’à la production excédentaire qui serait injectée sur le réseau, mais cette solution n’avait pas été retenue, en particulier à la demande du GRT[1] qui craignait un futur où les foyers auto-alimentés quitteraient le réseau, dont les coûts opératoires ne pourraient plus être couverts par les quelques consommateurs non auto-producteurs[2].

La légende veut que le prix de rachat ait été décidé par le président de la République lui-même.[3]

L’enthousiasme des investisseurs a été au rendez-vous, et l’impact sur le budget de l’État est devenu très important. La baisse du coût du photovoltaïque a rendu ces contrats extrêmement rentables, et la tentation est devenue grande de revoir unilatéralement le TAG pour certains gros contrats.

Comme toujours, le retour sur l’engagement donné par l’État a été critiqué par les investisseurs, qui ont resservi le vieil argument de la crédibilité de l’État dans les investissements futurs (hydrogène par exemple).

Outre le fait qu’on sait que l’argument est historiquement faux[4], il existe une possibilité de faire face à ce problème dans le futur. Les contrats pétroliers d’exploration-production ont depuis longtemps introduit une clause qui augment la part de l’État quand la rentabilité du projet dépasse certains seuils[5]. Ce mécanisme permet de conserver le TAG à son niveau d’origine, tout en augmentant les recettes fiscales.


[1] Gestionnaire du Réseau de Transport

[2] Les investissements de développement du réseau devenant nuls dans cette hypothèse.

[3] C’est plausible sous la Vème République, avec le Président interventionniste d’alors, et ça permet aussi de botter en touche sur la responsabilité du calcul économique dans la décision.

[4] Souvent avec des investisseurs différents, parfois avec les mêmes

[5] Voir par exemple Gilles Darmois, Le partage de la rente pétrolière, Technip (2013)

Force majeure ?

Chaque année, les syndicats de travailleurs des hydrocarbures norvégiens négocient les salaires avec les employeurs[1].

Chaque année, il y a un désaccord, et très souvent, si la dernière réunion de concertation n’aboutit pas, il y a une grève.

Cette année, trois syndicats[2] ont déposé un préavis de grève qui commencerait dans la nuit du 16.

Si la grève est déclenchée, les producteurs touchés vont déclarer la force majeure sur leurs livraisons de gaz.  

Pourtant, les critères de la force majeure sont l’imprévisibilité, l’irrésistibilité et l’extériorité.

Ici, l’annonce devrait régler son compte au premier critère.

L’irrésistibilité ne devrait pas tenir, puisqu’on connaît le moyen d’éviter la grève.

Quant à l’extériorité, il est délicat de la plaider s’agissant des employés de ceux qui déclarent la force majeure.


[1] Norwegian Shipowners’ Association

[2] Industri Energi, SAFE et DSO

Consommateur et taxe carbone

Le gouvernement espagnol veut intervenir sur les prix de gros de l’électricité afin de protéger le consommateur de la hausse du prix liée à l’augmentation du prix du CO2.

La taxe carbone est une taxe pigouvienne, qui cherche à modifier les comportements du consommateur[1]. Si le gouvernement en masque les effets, la modification n’aura pas lieu.

Trois remarques:

Ceux qui n’ont pas envie de changer leur comportement accusent les taxes pigouviennes de n’avoir pour but que de leur soutirer leur argent. C’est un des « arguments » des opposants aux limitations de vitesse des automobiles qui affirment que leur seul but est d’escroquer le conducteur de montants élevés pour remplir les caisses de l’Etat[2]. La démarche du gouvernement espagnol renforce cette idée puisque la taxe sera payée par les producteurs d’électricité et ne sera visible pour le consommateur qu’après plusieurs années.

Comme l’auteur de ce blog l’avait proposé lors du « débat » sur l’augmentation programmée des prix des carburants automobiles, il est impératif que toute augmentation de taxes pigouviennes soit compensée intégralement par une réduction de TVA sur des produits de première nécessité, avec une transparence organisée et auditable sur les produits de la taxe et les montants de TVA perdus. Même si le calcul global recouvre des petites distorsions, l’arbitrage entre transport automobile et alimentation est principalement le fait des consommateurs ayant les revenus les plus faibles[3].

A la décharge du gouvernement espagnol, il est extrêmement difficile pour un consommateur domestique d’électricité de réduire sa consommation en changeant de comportements. Il faut des investissements, souvent lourds, exigeant souvent de faire confiance à des acteurs dont il leur est difficile de connaître le sérieux. Pour ceux qui cherchent à faire le calcul de la rentabilité, l’achat d’un appareil électroménager plus performant montre que l’économie éventuelle sur les charges d’exploitation a déjà été incorporée dans la différence de prix, au profit donc de la chaîne construction-commercialisation de l’appareil. L’expérience britannique montre que face à des hausses du prix de l’énergie, la réaction des consommateurs les plus démunis est de couper le chauffage et l’eau chaude. Il a souvent été dit ici que le principal obstacle à la rénovation énergétique des logements n’est pas le financement, de très nombreuses sources étant mobilisables, mais l’incertitude sur la réalité des économies obtenues. Le producteur, lui, peut investir dans les capacités de production moins génératrices de CO2 et plus renouvelables  


[1] Une taxe pigouvienne vise à diminuer son assiette, jusqu’à disparaître en cas de véritable succès (tabac par exemple).

[2] Les amendes pour excès de vitesse sont pigouviennes en ce qu’elles cherchent à modifier les comportements des conducteurs, ici pour réduire le nombre de morts et blessés dans des accidents. De son côté, la taxe carbone veut réduire le changement climatique.

[3] Pour l’histoire, la solution retenue, défendue par le Ministre de l’environnement du moment, était de consacrer le montant perçu à une enveloppe d’investissement pour la transition énergétique. Outre que la vérification de l’égalité des montants est impossibles (charges opérationnels d’un côté, investissements de l’autre), les publics visés ne se recouvrent pratiquement pas.  

Marché rationnel (toujours)

Dans l’espoir que les sanctions soient levées prochainement dans la foulée de l’accord sur le nucléaire, l’Iran a commencé à stocker du brut sur des VLCC. Le marché réagit, bien entendu.

Mais pas en anticipant une augmentation du coût du nolisage de VLCC. Au contraire, le prix futur du brut baisse. L’explication donnée pas les explicateurs habituels: il y a encore beaucoup d’incertitudes et donc le prix doit monter.

Rappel: les spéculateurs (acteurs non industriels, 95 à 98% des transactions, 95 à 98% par des algorithmes) ne sont pas intéressés par la juste valeur des matières premières (commodités), mais par la volatilité.

Public-privé

L’OCDE découvre https://doi.org/10.1787/18166873 que les États peuvent financer des entreprises, des projets ou des investissements, de manière beaucoup moins coûteuse que les banques ou le marché financier. Pire, s’ils apportent des capitaux propres, ils n’exigent pas des taux de rentabilité de 15%. L’OCDE y voit une distorsion de concurrence et une possible infraction aux règles du commerce international.

On retrouve la démarche de l’Union Européenne qui , au nom de la primauté de la concurrence, a cherché à faire accepter que, dès lors qu’un service (ou un produit) peut être fourni par un fournisseur privé, les États n’ont pas le droit de le proposer sous forme de service public[1], et que les éventuelles entreprises publiques doivent être privatisées. Un État de l’Union Européenne, comme la France où la notion de service public est historiquement importante[2], ne peut fournir de telles prestations qu’avec une dérogation.

Comme ce blog l’a déjà évoqué[3], c’est effectivement une des forces de l’État que de pouvoir apporter des ressources financières moins coûteuses, ce qui n’empêche pas par principe une rigueur de gestion des entreprises. S’il suffisait qu’une entreprise soit privée pour être bien gérée, cela n’aurait pas échappé aux observateurs objectifs.

L’OCDE ferait sans doute mieux de regarder de manière plus critique le coût de la main d’œuvre forcée dans les États néo-esclavagistes (minorités opprimées, travail forcé, etc.).


[1] L’Union Européenne ne parle pas de service public, mais de services d’intérêt général (SIG) et de services d’intérêt économique général (SIEG)

[2] Que ce soit pour le défendre ou pour le démanteler

[3] Notamment au sujet des PPP

La taxonomie pour sauver la planète

Il est maintenant bien établi que l’obstacle majeur à la rénovation énergétique des bâtiments n’est pas l’absence de financement. Au contraire, l’offre de financement est supérieure à la demande.

Ce qui manque, ce sont des professionnels en qui on peut avoir confiance, depuis le diagnostic jusqu’à la réalisation des travaux.

Aux États-Unis, ce service existe, avec un maître d’ouvrage qui s’occupe également du financement et dont la rémunération provient du partage des économies sur la consommation.

L’Union Européenne a trouvé la parade en proposant de changer la taxonomie  pour étendre les critères du financement vert.  

Ici encore, le lien peut paraître ténu, et les réponses aux FAQ laissent un peu le lecteur sur sa faim.

Mais il s’agit de répondre  à une demande du secteur financier pour accéder à la « finance verte ». C’est bon pour l’image et pour les commissions (Voir par exemple http://static.credit-agricole.it/credit-agricole-it/system/cariparma_core/attachment_file/data/15268/CA_Italia_Green_Covered_Bond_Annex_to_Green_Framework.pdf ).

Il semble toutefois que le problème de la fiabilité des prestataires techniques reste entier.

Concours Lépine

Au sommet du climat organisé par Joe Biden, Felix Tshisekedi a plaidé pour un prix du carbone au moins égal à 100 $/t de CO2 pour sauver les deux millions de km2 de forêt du bassin du Congo.

Son objectif est de renforcer la lutte contre la déforestation illégale et sauvage, et de construire une agriculture durable dans l’ensemble de la région. La zone, qui s’étend dans six pays, stockerait selon ses chiffres trois années d’émissions mondiales de CO2.

La déforestation illégale qu’il vise n’est pas liée aux destructions par le feu pour créer des zones de culture, mais à la production de bois de construction et à l’exploitation de matières premières.

L’objectif est louable, mais son lien avec un prix du carbone élevé est certainement complexe car il m’échappe.

Les bucherons sauvages seront difficilement dissuadés par la taxe. Pour l’exploitation de matières premières, la République Démocratique du Congo a longtemps tourné autour de l’idée d’une zone préservée d’activités de recherche d’hydrocarbures, avec un succès limité.

Le souci de Felix Tshisekedi est probablement financier. Le déversement des recettes d’une taxe carbone de 100 $/t vers son budget reste à construire.  

Effet tirolien

Un des effets de l’introduction de concurrence dans les marchés du gaz et de l’électricité qui n’avaient pas été anticipés par leurs promoteurs[1] est en train d’apparaître en Grande-Bretagne. Les fournisseurs d’électricité des pubs dont les contrats arrivent à échéance refusent de renouveler leur contrat, ou exigent des hausses importantes du coût de l’abonnement et de la fourniture. C’est bien normal pour Tirole: puisqu’ils estiment le risque plus élevé, à cause des incertitudes liées à la pandémie, il leur faut une rémunération supérieure.

Heureusement, il va apparaître des fournisseurs de dernier recours, comme pour les assurances automobiles. On ne remerciera jamais assez les théoriciens des marchés contestables et les décideurs, élus et non élus, qui les ont suivis avec enthousiasme.


[1] Au premier rang desquels Jean Tirole

Brent et WTI bientôt réunis

Ce blog a plusieurs fois suivi le différentiel entre Brent et WTI. Les écarts, initialement positifs en faveur du WTI, légèrement plus léger, sont plus tard devenus négatifs, traduisant le problème logistique de l’acheminement du WTI vers un port ou une raffinerie.

La convergence a un moment été imaginée par les marchés à terme à des horizons lointains, sans qu’elle ne se réalise.

Le Brent correspondait au début à la qualité produite par le champ éponyme. Pour pouvoir disposer d’un nombre suffisant de cargaisons pour obtenir un prix pas trop manipulable, Platts a complété par des cargaisons de bruts voisins, britanniques et norvégiens. Mais la décroissance continue, et il n’y a plus assez de pétrole de mer du Nord pour continuer à élargir la base physique de la référence. c’est pourquoi Platts vient d’annoncer qu’à partir de juillet 2022, du WTI serait pris en compte dans le calcul du prix du Brent.

Comment est-ce possible alors que le WTI a connu l’an dernier un épisode de prix négatif?

C’est qu’ici, nous sommes sur le marché physique, où l’on s’échange des cargaisons. Le WTI en question sera livré à Rotterdam, et c’est son prix CIF Rotterdam qui sera retenu pour le calcul du prix du Brent.

Chauffage électrique

L’épisode de grand froid aux États-Unis à conduit de nombreux opérateurs à pratiquer des coupures  de l’alimentation électrique[1], y compris dans le nord du Mexique depuis le Texas.

La leçon à en tirer est qu’il est dangereux de reposer la totalité du besoin de chauffage des particuliers sur l’électricité. S’il faut prendre une mesure réglementaire pour les constructions nouvelles, il est largement préférable d’exiger que les constructions nouvelles soient à énergie positive que d’interdire le gaz dans la construction nouvelle.

Aux horizons évoqués, cela permettrait de construire une filière professionnelle complète, avec des emplois qualifiés locaux, ce qui est sans doute mieux que d’importer des convecteurs électriques fabriqués en Chine.

Et ça facilitera la mobilité si elle repose sur l’électricité.


[1] Black-outs